Tête de linotte et cervelle de moineau !

Dans cet article, vous lirez « ce n’est pas la queue qui fait le genre« , qui se situe bien à la frontière entre les oiseaux et leur genre, vous le découvrirez plus loin ;-P

Il s’agit aussi d’un article qui parle du genre grammatical (caractéristique des noms) et non pas du genre taxonomique (qui regroupe un ensemble d’espèces, comme le genre Parus regroupant les mésanges) ni du genre utilisé en sciences sociales, quoique ;-]

Dans la langue populaire, les oiseaux ne passent pas toujours pour être intelligents. Parfois même, un oiseau de mauvais augure prévient d’une mauvaise nouvelle. Dans la langue française, les oiseaux donnent du fil à retordre aux passionné.es !

« Chouette mal empaillée », « rapace », « troglodyte » et « vieille perruche bavarde » sont quelques unes des insultes proférées par la capitaine Haddock dans les bandes dessinées d’Hergé.

(Le crabe aux pinces d’or, l’affaire Tournesol, Coke en stock, le temple du soleil)

Et les insultes ne sont pas utilisées uniquement dans les BD.

Dans son livre « Parle ou crève », Athéna Sol décortique de manière stylistique le harcèlement de rue. Elle évoque par exemple des qualificatifs d’oiseaux utilisés dans notre monde contemporain comme celui ci-dessous.

Et puis vous connaissez peut-être également ces mots ou ces expressions utilisant des noms d’oiseaux pour des descriptions péjoratives :

Tête de linotteQui oublie tout
Cervelle de moineauStupide
BécasseFemme sotte
BuseIgnorant
Faire la politique de l’autrucheRefuser de voir le danger
Faire le coqÊtre prétentieux
Le dindon de la farceÊtre victime d’une plaisanterie
Faire le corbeauÉcrire des messages anonymes
ManchotMalhabile
Poule mouilléePeureux
Poule de luxeProstituée

Si les insultes se moquent de leur genre, les pointilleux ornithos sont d’accord pour dire que « le genre, et même le pluriel, des noms d’oiseaux ne sont pas clairement fixés en français« .

En tout cas, c’est ce qu’écrit Pierre Cabard, dans son article « Genre et pluriel des noms d’oiseaux : recommandations et analyse des cas litigieux » paru dans la revue spécialisée « Ornithos » de mars-avril 2023.

C’est en lisant cet article, que je me suis rendue compte qu’il m’arrivait de mégenrer des oiseaux. Je pourrai me contenter du gender***ing, d’autant plus que je vois ce terme comme une protestation contre l’homophobie, la transphobie, la misogynie ou la misandrie, mais nous nous éloignons de la thématique.

Étant en lien avec de nombreux jeunes, qui peuvent répéter mes mots, mon discours, il m’est important d’utiliser un français que je choisis consciemment et que je fais évoluer au fil du temps, enrichi par mes échanges et mes lectures. Ne dit-on pas que « l’usage fait loi » ? A ma petite échelle, je tente d’user un français qui me parait le plus correct possible. Voici donc ci-dessous, quelques unes de mes réflexions à propos du genre et des oiseaux.

Je me souviens qu’il m’avait été laborieux de me corriger en parlant des foulques qui se genrent au féminin. Comme il m’arrivait d’effectuer de petits livrets, outils pédagogiques lors de mes balades avec les « P’tits Curieux« , j’y ai trouvé, sur ce support, un pense-bête en écrivant les articles définis devant les noms vernaculaires des oiseaux que nous allions observer. La foulque macroule, comme la gallinule poule-d’eau avec qui on pourrait la confondre du fait de leur plumage noir et de leur habitat dans les zones humides, sont toutes deux des noms féminins.

Si Pierre Cabard écrit qu’ « en dépit d’un fréquent usage erroné, foulque est bien un mot féminin.« , Wikipedia et oiseaux.net féminisent également ce nom d’oiseau.

Cela se corse avec un autre oiseau, que je suis partie rencontrer sur l’estuaire de la Seine en décembre 2023. Il s’agit du panure à moustache, ce beau passereau fréquentant les roselières côtières l’hiver.

Pour cette mézette, autre nom donné à cet oiseau autrefois appelé mésange à moustache, Wikipedia et oiseaux.net féminisent « panure » à l’inverse de Pierre Cabard qui explique sa position dans Ornithos (citation ci-dessus). De mon côté, je choisis de distinguer la beauté visuelle de l’intérêt culinaire et différencie le panure de la panure ;-P

Voici les deux noms d’oiseaux qui m’auront valu réflexion. Si certaine langue (et bien sûr l’anglais) ne pose pas de questionnements en matière de genre grammatical, la langue française est tellement complexe que le Comité Ornithologique International a créé la CINFO : « Commission internationale des noms français des oiseaux » afin d’établir la liste des noms d’oiseaux en français, en 1993, qui, depuis, n’a pas été révisée.

Je termine avec la magnifique gorgebleue que j’espère photographier prochainement.

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