Préparation d’une sortie Guide de Parc

Ce que m’apportent mes repérages

La reconnaissance terrain

Cela fait plus de 8 ans que je randonne sur les 55 communes du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse en tant que Guide de Parc et je ne connaissais pas encore la commune de Fontenay-Lès-Briis !

Pour illustrer la préparation idéale d’une sortie Guide de parc, je vous propose donc de plonger dans l’exemple concret du domaine de Soucy, que j’ai exploré en hiver 2026. J’ai en effet besoin de découvrir les lieux en amont, avec un parcours qui peut aller au-delà des 3 km, distance souvent proposée lors des balades guidées.

Sous une pluie fine, j’ai arpenté ce parc presque désert, le 2 janvier, découvrant une mosaïque d’écosystèmes :

  • des zones humides : un étang, le canal Saint-Didier, affluent de la Charmoise, deux mares géométriques (mare rectangle et mare carrée ;-)) sublimées par des haies sèches ou plessées.
  • une prairie prometteuse : la « clairière aux papillons », pour observer les lépidoptères au printemps.
  • des espaces forestiers en lisière, avec des arbres à terre et des espèces emblématiques (charme, chêne, érable champêtre, tremble…), mais aussi des géants de parcs arborés (platanes, cèdres, séquoias, ifs…).
  • un verger avec différentes variétés de pommiers, en fleurs au printemps..

Après cette première immersion, j’échange avec les différentes missions du parc (environnement, parfois patrimoine…) et fouille les archives départementales, les sites de la communauté d’agglomération… Je décide de proposer une date printanière et avec le PNR, nous fixons le samedi 9 mai 2026 après-midi. Une deuxième reconnaissance, à deux semaines de la sortie, me permet alors de finaliser le parcours et les thématiques à partager avec le public, d’immortaliser quelques espèces animales rencontrées lors de ce repérage.

Cette sortie au domaine de Soucy sera inclusive : elle est ouverte au public sourd et malentendant grâce à la présence d’une interprète en langue des signes français (LSF), une volonté du parc de faire découvrir son territoire au plus grand nombre. Voici une vidéo expliquant ce type de sortie : https://www.parc-naturel-chevreuse.fr/sorties-tout-public-avec-interprete-en-langue-des-signes-francaise

Je prépare donc pour l’interprète LSF, une trame souvent plus synthétique que cet article et reprenant les points clés que j’aborderai avec le public sourd et entendant. Cela permet à l’interprète de s’approprier des termes scientifiques que j’utiliserai comme par exemple « les oiseaux cavernicoles », « les sacs vocaux des grenouilles» ou « les chenilles grégaires se nourrissant du Fusain d’Europe« , et de trouver les signes les plus appropriés pour être compréhensibles du public sourd.

Le domaine de Soucy, un lieu chargé d’histoire

1. Fontenay-lès-Briis en chiffres

Extrait de la monographie communale : https://archives.essonne.fr/ark:/28047/b5x1wnt8q6h7

La commune compte aujourd’hui 2 350 habitants sur 9,72 km², à 59 m d’altitude. En 2017, son territoire se répartissait ainsi :

  • 83,95 % : espaces agricoles, forestiers et naturels
  • 7,2 % : espaces ouverts artificialisés
  • 8,84 % : espaces construits artificialisés

En 1899, 96,19 % du territoire était cultivé, pour seulement 546 habitants. Un siècle plus tard, la pression urbaine malgré la préservation des espaces naturels a profondément transformé le paysage.

2. L’histoire mouvementée du domaine

Le domaine de Soucy, 33 hectares (dont la majorité classée en Espace Naturel Sensible), porte les traces d’un passé riche :

  • XVIIe siècle : Domaine seigneurial, détruit au XIXe siècle, puis reconstruit par M. Mignon.
  • 1905 : Rachat par Ferdinand Ferdinand-Dreyfus.
  • Première Guerre mondiale : Charles, son fils, est fait prisonnier en Allemagne, revient à la fin de la guerre et crée en 1919 la ferme d’apprentissage agricole de Bel-Air. Voici un article du Parisien retraçant son histoire : https://www.leparisien.fr/essonne-91/essonne-il-y-a-100-ans-il-creait-l-une-des-premieres-fermes-d-apprentissages-de-france-27-09-2019-8161578.php
  • Seconde Guerre mondiale : Déporté à Auschwitz, il y meurt. Un ancien élève, qui l’assistait dans la gestion de la ferme, reprend sa direction. Le domaine est acquis par la Chambre d’agriculture en 1958.
  • 1968 : Rasé, il ne reste que la chapelle Saint-Éloi, les communs et le parc.
  • Depuis 1996, le Domaine de Soucy est classé en Espace naturel sensible (ENS).
  • La Communauté de Communes du Pays de Limours a acquis le domaine en 2000. Aujourd’hui, les communs abritent un centre de loisirs, la chapelle une salle d’activités, et les pavillons d’entrée des locaux pour la Communauté de Communes. Le parc, lui, est libre d’accès et regorge d’informations pour les visiteurs : en savoir plus.
https://www.leparisien.fr/essonne-91/essonne-il-y-a-100-ans-il-creait-l-une-des-premieres-fermes-d-apprentissages-de-france-27-09-2019-8161578.php

Petite anecdote : Le nom « Soucy » viendrait d’une source abondante et fraîche, comme l’indique un des panneaux du parc.

3. Biodiversité locale

Les inventaires (2000, 2008, 2014) ont recensé :

  • 277 espèces floristiques et 52 espèces de champignons, dont deux patrimoniales : l’Ache faux-cresson (Apium nodiflorum) et la Cardamine impatiente (Cardamine impatiens).
  • 163 espèces animales : 102 oiseaux, 26 papillons, 15 odonates, 11 mammifères, 6 amphibiens et 3 reptiles.

Source : Plan de gestion ENS 2014

Le parcours en 11 étapes clés

Voici les thématiques que j’aborderai lors de la sortie, avec des anecdotes et des supports visuels pour mieux illustrer mon discours auprès du public.

1. Le cèdre du Liban : un hommage historique

Planté en commémoration du centenaire de la ferme d’apprentissage agricole de Bel-Air (1919-2019), cet arbre majestueux rappelle l’héritage de Charles Ferdinand Dreyfus.

2. Le platane-harpe

Arrêt devant un arbre que je baptise « platane-harpe » en référence au magazine n°88 de La Hulotte (« Petits mystères des grands bois »). L’occasion de sortir ce magazine culte et d’explorer les hypothèses sur la formation de cet « instrument végétal ». Nous verrons sur place quelle réponse est la plus appropriée.

3. Le bassin versant de la Rémarde

Le canal Saint-Didier a été creusé sur le trajet du ru qui conduit l’eau depuis la source du hameau de Soucy plus au nord jusqu’au grand étang. Il rejoint ensuite la Charmoise, affluent de la Rémarde, elle-même affluent de l’Orge (et donc de la Seine). Le bassin versant de la Rémarde, sur la carte ci-dessous (280 km²) s’étend sur 36,3 km et deux départements (Essonne, Yvelines).


Carte : Extrait du PPRi (Plan de Prévention du Risque Inondation) en cours d’élaboration (avril 2026).

4. L’Hyponomeute du fusain

Recherche puis découverte des chenilles blanches à points noirs de l’Hyponomeute du fusain. Les larves construisent des abris en soie. Leur plante hôte est le Fusain d’Europe, dont elles mangent les feuilles. L’humain, lui, utilise cet arbuste pour fabriquer des crayons de dessin !

5. La haie sèche

Le Parc Naturel Régional organise des chantiers avec les étudiants pour fabriquer des haies sèches à partir des branchages coupés en bordure de chemins. Une technique à la fois esthétique et écologique, puisqu’elle est utile à de nombreux animaux, notamment les Hérissons d’Europe, qui peuvent y trouver des endroits où hiberner.

6. L’if des amoureux

Je pourrai évoquer l’if, ses parties toxiques mais également ses arilles dont les oiseaux se délectent. Je n’ai pour l’instant pas trouvé beaucoup de choses à raconter alors nous imaginerons ce qui est derrière son nom.

C’est ici que je mets le lien vers un carnet conçu par la Communauté de Communes du Pays de Limours au sujet d’une balade familiale dans le domaine de Soucy : https://www.cc-paysdelimours.fr/files/ccpl-2014/environnement/Site-internet-2016/Guide-de-Visite.pdf

7. Ortie dioïque, Ortie blanche et Ortie puante : toutes comestibles !

  • Ortie dioïque : la classique, qui pique.
  • Ortie blanche : également nommée le lamier blanc.
  • Ortie puante (ou « herbe aux trois arômes ») : une répugnance olfactive mais une surprise gustative, car elle a le goût des cèpes une fois cuite.

8. Les mares rectangulaire et carrée

C’est autour de la mare carrée que l’on peut observer des plessages de noisetiers (haies vivantes réalisées avec des taillis), qui sont le fruit de chantiers écoles menés par le PNR avec les étudiants. Le plessage est une technique traditionnelle pour créer des haies sans fil barbelé ni grillage.

Partenariat : Le PNR est conventionné avec le domaine de Soucy pour des actions de sensibilisation, d’accueil du public et d’éducation à l’environnement (verger, panneaux pédagogiques, animations avec le centre de loisirs…).

9. Smart’Flore : à la découverte des plantes locales

Identification interactive des espèces avec l’appli Smart’Flore.

10. La prairie aux papillons

La dernière culture en 2002 dans cette parcelle était du maïs. Transformée en prairie naturelle de fauche pour l’ENS, elle a été semée en 2003 par les élèves de CM2 de la commune. Aujourd’hui, deux fauches annuelles (juin et septembre) préservent sa biodiversité. Voici quelques papillons photographiés le 26 avril : lesquels verra-t-on lors de la sortie du 9 mai ?

11. Le grand étang : un écosystème artificiel

Créé par le creusement du sol et la création d’une digue, cet étang d’environ 60 cm de profondeur abrite une faune et une flore adaptées aux milieux aquatiques.

Voici les oiseaux et grenouilles qui chantaient autour de cet étang le 26 avril, à l’exception de la Cordulie bronzée, cette libellule que je n’entendais pas.

Ce deuxième repérage me donne hâte de revenir dans ce parc et de partager ce que j’ai pu observer. Les Pigeons colombins, ces oiseaux cavernicoles, seront-ils bien présents près de la cavité qu’ils ont choisi pour nicher ?

Ouvrir les yeux sur les merveilles de notre territoire

Préparer une sortie Guide de parc, cela prend du temps et c’est bien plus que tracer un itinéraire de randonnée. C’est également tenter de mieux connaître l’histoire du site, les personnes et institutions actrices qui font vivre le territoire. Ces repérages me permettent de connaître puis de vous partager quelques détails des êtres vivants dont l’existence est entièrement liée à ces écosystèmes variés, riches, protégés et partagés. C’est aussi anticiper les questions du public, adapter son discours, et rendre accessible la connaissance à toustes.

Chaque repérage et chaque échange avec les acteurs locaux enrichissent mon récit et me permettent de proposer des sorties qui j’espère sont uniques et qui vous feront aimer et protéger ces espaces naturels remarquables.

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